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Constellations familiales : et si nous regardions notre histoire autrement ?

Photo du rédacteur: Virginie Van Der Wees
Virginie Van Der Wees
12 oct.
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 oct.




Plus on apprend à se connaître, plus de nouvelles questions peuvent apparaître.


Le travail sur soi nous permet parfois de mieux comprendre nos réactions, de reconnaître nos émotions, d’écouter davantage notre corps ou de prendre conscience de certaines habitudes. Et puis, un jour, une autre question peut émerger : et si je regardais aussi ce qui m’a construite dans mes relations avec les autres ?


Parce que nous avons tous une histoire personnelle, mais cette histoire ne s’est pas construite seule. Nous sommes nés dans une famille. Nous avons grandi au milieu de relations, de façons de communiquer, de rôles, de valeurs, d’habitudes, d’événements heureux ou difficiles. Nous avons observé, appris, aimé, cherché notre place et développé notre propre manière d’être en relation.


C’est cette dimension que les constellations familiales proposent d’explorer.


Non pas pour chercher ce qui « ne va pas », ni pour trouver un responsable dans notre famille, mais pour regarder notre histoire depuis un autre point de vue.


Quelles places avons-nous occupées ?

Quelles relations nous ont construites ?

Quels fonctionnements nous sont devenus familiers ?

Et surtout : qu’est-ce qui devient possible lorsque nous commençons à les regarder autrement ?


D’où viennent les constellations familiales ?


Les constellations familiales telles qu’elles sont pratiquées aujourd’hui sont principalement associées au travail de Bert Hellinger, psychothérapeute allemand né en 1925 et mort en 2019.


Son parcours est assez singulier.


Il étudie la philosophie, la théologie et la pédagogie, puis passe seize années en Afrique du Sud comme missionnaire catholique auprès des Zoulous. Il s’intéresse notamment aux dynamiques de groupe avant de revenir en Europe et de se former à différentes approches psychothérapeutiques.


Il devient psychanalyste et explore également la thérapie primale, l’analyse transactionnelle, l’hypnose ericksonienne ou encore la programmation neurolinguistique.


Au fil de son parcours et de ses influences, il développe à partir des années 1980 une manière particulière de travailler avec les systèmes familiaux : disposer dans l’espace des personnes représentant différents membres d’une famille afin d’observer les relations qui apparaissent entre eux.


C’est ce travail qui donnera naissance aux constellations familiales selon Hellinger.

Depuis, la pratique a largement évolué et différentes écoles et manières de travailler se sont développées.


Pourquoi parler de « système » familial ?


Imaginez un mobile suspendu au-dessus d’un lit d’enfant.


Lorsque vous déplacez l’un de ses éléments, les autres bougent également.

Une famille n’est évidemment pas un mobile, mais cette image permet de comprendre assez simplement ce que signifie le mot système.


Nous évoluons dans des relations qui s’influencent les unes les autres.

La place d’un enfant se construit aussi en fonction de ses parents, de ses frères et sœurs, des événements vécus par la famille et de la manière dont chacun y réagit.


Certaines habitudes relationnelles peuvent ainsi devenir extrêmement familières.


Être celle qui s’occupe de tout.

Ne jamais déranger.

Éviter les conflits.

Toujours vouloir rassurer.

Avoir du mal à demander de l’aide.

Se sentir responsable des autres.


Cela ne signifie pas nécessairement qu’un membre de notre famille nous a consciemment demandé d'occuper cette place. Une grande partie de nos apprentissages relationnels se construit simplement en vivant avec les autres.


L’approche systémique propose donc de ne plus regarder uniquement la personne isolément, mais également les relations dans lesquelles elle s’est construite.


Qu’est-ce qu’une constellation familiale concrètement ?


Le principe est finalement assez simple à comprendre.

Une personne vient avec une question ou une situation qu’elle souhaite explorer.

Cela peut concerner sa famille, mais pas uniquement.


Une relation de couple.

Une difficulté à prendre sa place.

Une situation professionnelle.

Un choix.

Une relation qui se répète.

Une difficulté à poser certaines limites.


Le praticien échange d’abord avec la personne afin de préciser ce qu’elle souhaite explorer et de recueillir les informations réellement utiles.


Puis certains éléments de la situation vont être représentés dans l’espace.

C’est là que la constellation commence véritablement.


Au lieu de parler uniquement de la situation, on va pouvoir la regarder devant soi.

Et parfois s’y déplacer.


Comment se déroule une constellation familiale en groupe ?


Dans une constellation en groupe, la personne qui souhaite travailler sur une situation choisit généralement parmi les participants des personnes qui vont représenter certains membres ou éléments de son système.


Par exemple : elle-même, sa mère, son père, son conjoint ou une autre personne importante pour la question travaillée.


Les représentants sont ensuite placés dans l’espace.

Le praticien observe ce qui se passe et accompagne progressivement le travail.

Les représentants peuvent être invités à observer leur position, leur orientation, leur envie éventuelle de se rapprocher ou de s’éloigner et ce qu’ils ressentent dans cette place.


Des déplacements peuvent ensuite être proposés.

D’autres personnes peuvent être introduites dans la constellation lorsque cela semble pertinent.


La personne qui travaille peut également reprendre sa propre place dans la représentation.


Une constellation devient ainsi une manière de mettre dans l’espace une

situation qui, jusque-là, existait principalement dans notre tête ou dans notre récit.


Cela ne signifie pas que ce qui apparaît constitue une vérité historique sur la famille.


C’est une représentation.


Elle peut faire apparaître une nouvelle manière de regarder une relation, une place ou une situation. Et cette distinction me paraît essentielle.


Comment se déroule une constellation familiale en individuel ?


Une constellation familiale peut tout à fait se pratiquer en séance individuelle.


Le principe reste le même : partir d’une situation, d’une relation ou d’une question que la personne souhaite explorer, puis la représenter dans l’espace. Mais cette fois, au lieu de faire appel à des représentants comme dans une constellation de groupe, nous pouvons utiliser des figurines, des objets ou différents repères.


Chaque élément peut représenter une personne, une relation ou un aspect important de la situation explorée.


On peut ensuite déplacer certains éléments, modifier leur orientation, ajouter une personne ou un élément qui semblait manquer, observer la constellation depuis différents endroits.


La représentation devient ainsi un support concret pour regarder autrement une situation que l’on connaissait jusque-là principalement à travers son propre récit.


Et comme toujours, il ne s’agit pas de considérer ce qui apparaît comme une vérité absolue sur la famille, mais comme une expérience qui peut ouvrir un autre regard et de nouvelles pistes de réflexion.


Peut-on faire une constellation familiale en ligne ?


Oui. Une constellation peut également se dérouler à distance, en visioconférence.


Dans ce cas, la personne peut avoir devant elle des figurines ou différents petits objets qu’elle choisira pour représenter les personnes ou les éléments de sa constellation. Le praticien peut également travailler avec ses propres figurines et les déplacer au fur et à mesure de la séance.


Il n’est donc pas indispensable que la personne se déplace physiquement d’une place à une autre comme elle pourrait le faire lors d’une séance en présentiel.


Ce sont les objets qui peuvent être déplacés.


On peut modifier une distance, changer une orientation, rapprocher deux éléments, en éloigner un autre, introduire une nouvelle personne dans la représentation… et observer ce que ces changements font apparaître ou ce qu’ils amènent à regarder différemment.


La visio conserve ainsi l’un des principes essentiels de la constellation : rendre visible une situation et pouvoir faire évoluer sa représentation, plutôt que de rester uniquement dans la parole.


Et le corps dans tout ça ?


C’est évidemment la partie qui m’intéresse particulièrement.

Parce que lorsque nous changeons physiquement de place, notre expérience peut elle aussi changer.


À un endroit, je peux me sentir parfaitement à l’aise.

À un autre, remarquer que ma respiration devient plus courte.

Je peux avoir envie de reculer.

De détourner le regard.

De me rapprocher.

De m’asseoir.

Ou ne rien ressentir de particulier.


Toutes ces possibilités sont intéressantes.


Je peux simplement observer ce qui se passe.

Puis expérimenter.


Que se passe-t-il si je prends un peu plus de distance ?

Si je change d’orientation ?

Si je regarde ailleurs ?

Si je reviens à ma place ?


C’est aussi pour cela que je trouve le lien avec la somatothérapie intéressant.

Dans les deux cas, il ne s’agit pas seulement de comprendre avec la tête.

On observe également ce qui se passe dans l’expérience.


Est-ce forcément transgénérationnel ?


On associe souvent les constellations familiales au transgénérationnel.

Et effectivement, une constellation peut amener à s’intéresser à plusieurs générations d’une famille.


Mais là encore, il me semble important de ne pas aller trop vite dans les interprétations.


Une famille transmet énormément de choses.

Des histoires.

Des valeurs.

Des façons de communiquer.

Des modèles de couple ou de parentalité.

Des habitudes.

Des attentes.

Des peurs.

Des façons de réagir aux événements.

Des récits que l’on raconte souvent et d’autres dont on parle beaucoup moins.


Certaines de ces transmissions sont parfaitement visibles. D’autres peuvent être plus difficiles à identifier.


Cela ne signifie pas pour autant que chaque difficulté actuelle serait la conséquence directe d’un événement vécu plusieurs générations auparavant.


Une constellation permet plutôt de poser des hypothèses et d’explorer des liens, sans transformer ce qui apparaît pendant la séance en vérité historique.


Faut-il connaître toute l’histoire de sa famille ?


Non.

Et c’est important.

Il n’est pas nécessaire d’arriver avec un arbre généalogique complet sur plusieurs générations.


Certaines informations peuvent être intéressantes lorsqu’elles sont connues : séparations, décès précoces, migrations, événements importants, composition de la famille…


Mais ce qui n’est pas connu peut rester inconnu.


Une constellation n’a pas pour fonction de reconstruire une histoire familiale dont nous ne possédons pas les informations.


Elle travaille à partir de ce que nous connaissons et de ce que nous expérimentons pendant la séance.


Pourquoi essayer une constellation familiale ?


Peut-être simplement pour regarder une question autrement.

Nous passons énormément de temps à réfléchir à notre histoire depuis notre propre point de vue.


C’est normal : c’est celui que nous connaissons.

Une constellation propose de déplacer physiquement ce regard.


Observer.

Changer de place.

Prendre de la distance.

Se rapprocher.

Voir l’ensemble plutôt qu’un seul élément.


Et parfois, ce changement de perspective permet simplement de poser une question que l’on ne s’était jamais posée.


C’est là, pour moi, que cette approche devient particulièrement intéressante.

Elle ne vient pas remplacer le travail déjà effectué sur soi.

Elle ouvre une autre porte.


Que montrent les premières recherches ?


La recherche scientifique spécifiquement consacrée aux constellations familiales reste encore relativement récente et peu abondante. Mais les travaux publiés ces dernières années apportent des observations intéressantes.


Un essai contrôlé randomisé publié en 2024 dans le Journal of Psychiatric Research a notamment suivi 80 adultes autour d’une intervention de constellation familiale ou systémique.


Un mois après l’intervention, les chercheurs ont observé une amélioration significative de l’état psychologique global des participants ayant bénéficié de la constellation, ainsi que de plusieurs indicateurs étudiés. Certaines améliorations étaient encore observées six mois plus tard.


Les auteurs décrivent des effets globalement modestes, mais ces résultats viennent alimenter les recherches consacrées à cette approche et à ses effets psychologiques.


Les constellations familiales commencent donc aussi à trouver leur place comme objet de recherche scientifique, avec des travaux qui permettent progressivement de mieux observer et documenter ce qui peut se passer après une séance.


Le conseil de Virginie


Après une constellation, je conseille de garder ce qui s’est passé dans cet espace confidentiel, au moins pendant un temps.


Une séance peut continuer à résonner après qu’elle est terminée. Certaines sensations, émotions, prises de conscience ou simplement de nouvelles façons de regarder une situation peuvent encore émerger dans les heures ou les jours qui suivent.


Je trouve important de laisser de la place à ce mouvement, sans chercher immédiatement à tout comprendre, à tout expliquer ou à raconter la séance autour de soi.


Les personnes qui vous entourent peuvent avoir envie de commenter, d’interpréter ou de donner leur propre lecture de ce qui s’est passé. Or ce qui a émergé pendant la constellation vous appartient avant tout.


Alors laissez peut-être les choses se déposer.

Observez ce qui vient.

Ressentez.

Et gardez-vous de vouloir tirer trop vite des conclusions.


Une constellation peut ouvrir des pistes, déplacer un regard ou faire émerger de nouvelles questions. Il n’est pas toujours nécessaire de mettre immédiatement des mots sur tout ce qui s’est passé.


Une autre manière de regarder son histoire


C’est finalement ce que je retiens aujourd’hui des constellations familiales.


Nous pouvons apprendre à mieux connaître notre corps.

À identifier nos émotions.

À comprendre certaines de nos réactions.

À connaître davantage notre histoire.


Et nous pouvons aussi, à un moment donné, avoir envie d’élargir encore le regard.

Non plus seulement : qu’est-ce qui se passe en moi ?


Mais aussi :

Dans quelles relations me suis-je construite ?

Quelle place ai-je appris à occuper ?

Et qu’est-ce qui se passe lorsque j’essaie, simplement, d’en regarder une autre ?


Les constellations familiales ne viennent pas effacer le travail déjà accompli.

Elles proposent une autre manière d’explorer notre histoire.

Et parfois, regarder la même histoire depuis un autre endroit suffit déjà à la voir différemment.


Pour découvrir les constellations autrement : Le Chemin de l’olivier


Si vous êtes curieux de voir à quoi peut ressembler une constellation familiale avant d’en expérimenter une, vous pouvez aussi regarder la série Le Chemin de l’olivier, disponible sur Netflix.


Cette série turque suit trois amies dont les histoires personnelles et familiales vont progressivement les conduire à participer à des séances de constellations.


On y découvre notamment le principe des représentants, la mise en espace du système familial et la manière dont certains événements ou relations du passé sont explorés au cours des séances.


La série est évidemment une fiction : les histoires, les réactions des personnages et les effets des constellations sont scénarisés et parfois très romancés. Elle ne doit donc pas être prise comme une démonstration de ce qui se produit nécessairement lors d’une véritable séance.


Mais elle permet de visualiser le principe d’une constellation beaucoup plus facilement qu’avec une longue explication théorique et de découvrir, à travers une histoire, le type de questionnements que cette approche peut ouvrir.


C’est d’ailleurs une jolie porte d’entrée pour celles et ceux qui entendent parler des constellations familiales pour la première fois.



 
 
 

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